Le 3 septembre 1939 la France déclare la guerre à l'Allemagne, le 22 juin 1940, l'armistice est signé. Le 10 juillet, le Maréchal Pétain reçoit les pleins pouvoirs c'est le début du gouvernement de Vichy.
La France est occupée c'est le début de la « guerre des ombres » qui va commencer sous la forme de résistance.
Réquisition de 300 ha près de Saint André de l'Eure afin d'y établir un "terrain d'atterrissage" notifiée le 28 septembre 1939 par le ministre de l'armée de l'air, au général Commandant la 2ème Région aérienne
L'aérodrome a été saisi par les Allemands lors de la bataille de France en 1940 Reprenant pour son compte les réquisitions françaises, l'armée allemande construisit sur, et hors de celles-ci, deux pistes bétonnées une de 1 650 m x 60 m et l'autre de1600 m x 80 m reliées à leurs extrémités par une voie de circulation périphérique desservant elle-même plusieurs aires de dispersions, ainsi qu'une voie ferrée de raccordement à la ligne Dreux - Évreux, desservant ces dernières. Il a été utilisé pendant l'occupation allemande de la France comme un important aérodrome de combat de la Luftwaffe.
Le Jagdgeschwader 2 (JG 2) sur Messerschmitt Bf 109 E l'a utilisé pour la première fois à la fin du mois de juin 1940. Il effectuait une rotation sur plusieurs aérodromes du nord-ouest de la France, pendant la bataille d'Angleterre.
Resté inutilisé pendant 'un an, pendant ce temps l'aérodrome a été considérablement agrandi. En avril 1941 nous recensons 1 804 travailleurs non allemands. Entre juillet 1941 et avril 1942 se trouvaient plusieurs unités de bombardiers Kampfgeschwader 30 ( KG 30 ) Junkers Ju 88 A4 , et Kampfgeschwader 55 ( KG 55 ) Heinkel He 111H. La base aérienne de St-André ainsi créée, était utilisée pour des attaques de bombardements nocturnes contre l'Angleterre. Ces deux unités sont envoyées sur le front Est, dès lors que la campagne de bombardement contre l'Angleterre commence à faiblir. Notons que ce terrain servait aussi à la formation et l'instruction des nouveaux pilotes de bombardier en 19 43.
Bombardements du terrain
12 août 41 : bombardé (pas d'informations).
2 juin 42 : bombardé (pas d'informations).
3 septembre 43 : bombardé samedi en matinée. (Pas d'informations)
24 octobre 43 : bombardé par 28 B-17 Forteresses (et / ou) B-26 Maraudeurs 9ème AAF extrémité Nord de la piste Nord-Ouest / Sud-est et cratères des deux côtés ; frappes possibles sur des abris pour avions dans la dispersion Sud. 1 mort, 1 blessé
2 octobre 43 : Dimanche 13h10. St André touché, points de chutes dispersés : (rue d'Ivry, rue général Morin, quartier entre de la laiterie et le silo, soit entre les deux passages à niveau) voie ferrées coupée. Nombreuses maisons détruites ou endommagées, 13 blessés, 1 mort + 2 suite aux blessures
3 novembre 43 : bombardé jeudi en matinée par 71 B-26 Marauders 9ème AAF -1 x Fw 190 A-6 du 111G2 , 1 x Caudron 445, 1 x Bf 108 et 1 x Fi 156 storch du I./SKG 10, détruits (2) ou endommagés (2) au sol , 1 victime. La moitié de la zone d'atterrissage était touchée mais les deux pistes étaient probablement toujours utilisables. Bien que la liaison en dur à l'extrémité Sud de la piste Nord-Ouest / Sud-Ouest ai reçu un certain nombre de bombes; Un grand double hangar à la limite Sud a reçu des coups directs et fut gravement endommagé ; Une grande concentration d'explosions vues sur la caserne pour le personnel navigant sur la limite Est.
16 décembre 43 : les deux pistes et la majeure partie des aires d'atterrissages sont réparées et à nouveau utilisables.
6 février 44 : bombardé 11h30 par 60 forteresses B-17 grand double hangar en limite Sud détruit ; ateliers hors limite Sud endommagés ; Les 3 boucles de ravitaillement en carburant sur la limite Sud sont endommagées ;
Le dépôt de munitions secondaire a été touché ; certaines des baraquements dispersés du sud de la caserne ont été détruits et d'autres endommagés au moins 8 abris pour aéronefs détruits et 7 endommagés dans la dispersion Sud ; plus, voies de liaisons (taxiways) bombardées.
6 avril 44 : bombardement (pas d'infos)
27 mai 44: plusieurs pistes de liaisons en construction pour relier le terrain d'atterrissage principal avec le leurre - Saint-André / Le Favril. A l'ouest une nouvelle zone de dispersion (isolée) était en construction.
7-9 juin 44: bombardement, 13 bf 109 G-6 du 11111G 3 endommagés et inutilisables sont abandonnés et retrouvés sur le terrain d'aviation par les Alliés en août 44.
12-13 juin 44: tapis de bombes par 40 forteresses B-17 — Les pistes principales complètement détruites, 2 avions endommagés, 2 civils tués et 3 blessés. (Rapport allemand).
16 juin 44: bombardé par 12 Libérators B-24. 24 juin 44 : bombardement, 1h40 St André touché (rue d'Ivry N° 19 21, 23, 25), maisons partiellement détruites ou endommagées, pas de victimes. 8 juillet 44: bombardé par 11 Forteresses B-17 comme cible d'opportunité.
Bombardement en bois
- Durant la guerre, il existait un autre terrain des pistes d'atterrissage entre le Favril et Marcilly la Campagne, un leurre comportant de faux hangars et des répliques d'avions en bois. Les habitants du plateau de saint André racontent une légende rurale ; les Alliés auraient bombardé le faux terrain avec des bombes en bois.
"Des bombes en bois pour des avions en bois"
Ces bombes ont pu être ramassées par un (des) agriculteur(s) après la remise en culture des terres. Cette anecdote sur ce terrain leurre est citée dans le livre " L'énigme des bombes en bois, Wood for Wood I " de P-A Courouble, aux Presses du Midi, ce fait ironique, n'est pas unique et se retrouve sur de nombreux terrains leurres, ainsi que dans d'autres pays occupés. Mais la réciprocité ayant aussi existé du côté Allemand.
Sur les pistes officielles les Allemands réalisaient de faux trous de bombardements, à la peinture des trompes l'oeil lors de passage à haute altitude, situation décrite dans « le grand cirque »
Photo Musée Airborne de Sainte Mère l'Eglise
Il existe une autre explication à ces bombes en bois. Les militaires Allemands avaient fait une réplique des pistes d'atterrissage, ainsi que des Avions en bois qui auraient servi aux entrainements. Selon certains voisins de cette fausse piste les pilotes Allemands larguaient les fausses bombes équipées « fumigène » lumineux permettant de suivre la précision du tir. Ce qui se comprend d'un point de vue économique.
La vie au quotidien dans saint André
Les réquisitions
Les Allemands avaient réquisitionné bons nombres de bâtis et de rues dans Saint-André et les hameaux aux alentours.
La rue du Maréchal Joffre était réservée aux gradés de l'armée Allemand, les résidents ont dû se faire reloger par d'autres habitants. Le « village » des Allemands, constitué de baraquements était basé sur la route de Ferrières au niveau de la ZAC de la Croix Prunelle. Il fut entièrement détruit par un raid aérien. La population civile en avait été informée par des tracs.
Le quartier des femmes Allemandes était situé dans le passage Gagé, afin d'assurer leur sécurité et leur tranquillité. Le passage Gagé était fermé chaque soir par une porte à chaque extrémité. Des traces sont toujours visible côté rue D'Ivry, il existe encore des piliers avec des gongs qui tenaient la porte.
L'école de l'hôtel de ville était réquisitionnée, les élèves étaient relogés dans ce qui est aujourd'hui l'espace de la mère Michel.
La mairie servait de Kommandantur, elle a été peinte en vert « camouflage » durant la guerre, elle a été nettoyée dans les années 1950.
Ravitaillement des troupes Allemands
Les Allemands fabriquaient leurs pains à partir de farine faites dans les moulins des fermes du plateau. La nuit des clandestins prenaient le relais pour assurer la production nécessaire aux Andrésiens.
La cuisine était faite dans le réfectoire situé rue de Dreux, des charretiers français étaient réquisitionnés pour livrer les repas à toutes les positions de DCA qui entouraient Saint-André. Le mess des officiers était situé au 28 rue du Chanoine Boulogne (actuel Grain de beauté). L'ancienne halle aux veaux, située place Gambetta, qui à l'origine était ouverte de toutes parts a été fermée par les allemands et servait de réfectoire aux civils qui travaillaient à la base.
Le commandant des forces Allemands
Un commandant, Rodolph Pfederer, a laissé un mauvais souvenir aux Habitants de Saint-André ; les Andrésiens le décrivent comme une personne violente et méchante. Les personnes qui l'ont côtoyé explique, si on le croisait dans la rue et on ne lui disait pas bonjour, il frappait les gens avec sa cravache. Son décès reste un peu énigmatique ; il aurait été assassiné par un de ses pilotes lors de l'évacuation de Saint-André en juin 1944. Le pilote aurait mis son avion en marche, avancé sur le commandant et l'aurait décapité.
La résistance s'engage à Saint André. Selon la liste « la résistance dans l'Eure -1940-1944 », il y aurait 210 résistants identifiés qui seraient à l'origine de nombreux actes de courage contre l'occupant.
Saint André rend hommage à deux résistants morts dans les camps : le Chanoine Boulogne décédé le 17 juin 1944 en déportation, au camp de Sachsenhausen-Oranienburg et Jules Cayaux, percepteur à Saint André décédé le 18 août 1944 dans le camp de Bergen-Belsen, en donnant leurs noms à une rue et une plaque à l'endroit où ils résidaient.
Quelques jours avant l'arrivée des alliés des camions évacuèrent les Allemands. Les avions décollaient et il y en avait de moins en moins au retour, selon les Andrésiens qui comptaient les avions au décollage et à l'atterrissage.
Le 20 août 1944 les Américains ont libéré la région de Nonancourt. Dans la soirée ils établirent un campement au château d'Osmoy. Des tentes ont envahi les pelouses. Des troupes sont envoyées en reconnaissance.
Ils arriveront à Saint-André par ce qui était la rue de Nonancourt, rebaptisée rue de la libération. Le 21 août 1944, Saint-André est libéré par la 30*me division commandée par le Général Hobbs.
Saint-André miné
Pendant les années d'occupation, les Allemands avaient disposé à plusieurs endroits et sur divers bâtiments de Saint André, des explosifs dans le but de détruire une grande partie de notre village.
Le 21 Août 1944, à l'angle de la rue de Nonancourt (actuelle rue de la Libération) et la rue de Damville, M. Dimitriou Costa sortit de son épicerie pour manifester sa joie. Il fut tué par un tir inconnu.
Les années qui ont suivi n'ont pas été immédiatement signe d'abondance. Les Andrésiens ont dû encore avoir recours aux bons d'alimentation et d'essence.
Saint-André va progressivement reprendre sa vie. Le centre bourg avait été relativement épargné. Il n'a pas été nécessaire de tout reconstruire comme pour les villages à proximité du terrain d'aviation.
Les pistes du camp allemand, très endommagées, vont nécessiter des réparations. Toute la zone occupée par les Allemands est désormais occupée par nos libérateurs jusqu'à leur départ en 1967.
Les édifices publics et privés, réquisitionnés par les troupes allemandes, ont été endommagés et l'entretien négligé. Dans ce cadre il a été ouvert de nombreux dossiers de dommages de guerre.
Ces dossiers concernent : La mairie, l'église, la halle, l'école des filles et des garçons, la salle de musique, les jardins de l'hôtel de ville, les lavoirs, l'éclairage public, les fosses d'évacuation des eaux pluviales, le château d'eau et le réseau de distribution d'eau.
Saint André va progressivement entrer dans une ère nouvelle. Après les réparations suite, aux dommages de guerre, la municipalité va déclencher des constructions de lotissements. Elle va apporter l'eau potable dans tous les foyers. Cette construction du réseau d'eau potable s'étendra jusque dans les années 1960.
Nouvelle vie pour l'aérodrome
En 1957, des passionnés vont créer le club aéronautique de Saint-André (C.A.S.A). Ils bénéficieront d'une piste en béton, mise à disposition, les week-ends, par le Colonel Morel commandant l'annexe du Centre d'Essais en vol de Brétigny.
Les premiers vols réalisés par l'aéro-club eurent lieu en décembre 1957. Depuis l'aéro-club ne cesse de prendre de l'ampleur en nombre d'adhérents et dans l'importance de ses meetings.
C'est dans cet esprit qu'en juin 1988, lors d'un meeting, le Concorde effectua un survol de Saint-André et de la piste parallèle à la route des Authieux. Ce qui devait être la dernière exhibition publique du supersonique.
La France et l'Allemagne ont travaillé ensemble vers une nouvelle Europe par le traité de Rome en
1958 ; Saint André de l'Eure s’est rabiboché et nous sommes jumelés depuis 2011 avec Verbansgemeinde
AN DER FINNE, ville d'Allemagne.
Source :
Reflet de l'occupation sur le plateau de Saint-André-de-l'Eure (Eure) du ler siècle avant J-C au Ille siècle
après J-C (RN 154-section nord) Thierry Lepert, Laurent Paez-Rezende, Yves-Marie Adrian, Agnès Boivin
Les batailles qui façonnèrent la France-frontière et identité Pierre Montagnon
Les milles ans normand Michel de Decker
Les Seigneuries d'Ivry, Bréval et Anet aux XIe et XIle siècle et leurs fortifications aux marches entre France et
Normandie Jean Mesqui
Héraldisme 18 septembre 2019. Denis Joulain
La résistance dans l'Eure julien Papp
Le Grand Cirque Pierre Clostermann
Archives municipales
Mémoire des Andrésiens